Donation avec réserve d’usufruit : fonctionnement, calcul et avantages fiscaux


Donner sans se démunir : c'est exactement ce que permet la donation avec réserve d’usufruit. Cet outil juridique vous aide à préparer la transmission de votre patrimoine en séparant la propriété d'un bien en deux : vous transmettez la nue-propriété à la personne de votre choix tout en conservant l'usufruit.
Ce mécanisme présente aussi un avantage fiscal : les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété, et non sur la valeur totale du bien, ce qui les rend mécaniquement moins élevés. Mais comme toute stratégie patrimoniale, des conseils juridiques aident à mesurer l'intérêt du mécanisme au regard de votre situation patrimoniale.
Je suis David Bernier, j’accompagne au quotidien, en tant que Head of Legal chez Dougs, des entrepreneurs qui souhaitent structurer leur patrimoine et préserver leur sécurité financière. Dans cet article, je vous explique comment fonctionne la donation avec réserve d’usufruit et les points à vérifier avant de passer à l’acte.
- La donation avec réserve d’usufruit vous permet de transmettre la nue-propriété d'un bien, tout en conservant l'usufruit, c'est-à-dire le droit d'user le bien, pour y habiter ou le louer, par exemple.
- Les droits de donation sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, et non sur la valeur totale du bien, ce qui réduit la facture fiscale.
- La valeur de la nue-propriété dépend de votre âge au moment de la donation : plus vous donnez tôt, plus elle est faible, et plus vous économisez.
- Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété automatiquement, sans droits de succession supplémentaires à payer.
- L'acte doit obligatoirement être signé chez un notaire : c'est une condition de validité juridique.
Donation avec réserve d’usufruit : qu'est-ce que c'est ?
La donation avec réserve d'usufruit est un acte juridique par lequel vous transmettez la nue-propriété d'un bien à un proche, tout en conservant l'usufruit jusqu'à votre décès. Concrètement, vous continuez à utiliser le bien ou à en percevoir les revenus, tandis que le donataire en devient propriétaire sans pouvoir en profiter librement tant que l'usufruit dure.
Ce principe juridique repose sur le démembrement de propriété. La pleine propriété est séparée en deux droits distincts : l'usufruit et la nue-propriété, confiés à deux personnes différentes.
Usufruit et nue-propriété : comprendre le partage des droits
Pour comprendre les effets d'une donation avec réserve d’usufruit, il faut revenir à la notion de pleine propriété. En droit français, celle-ci repose sur trois privilèges, que les juristes appellent des prérogatives :
- l'usus : le droit d'utiliser le bien, de l'habiter ou de le louer,
- le fructus : le droit d'en percevoir les revenus, comme les loyers d'un appartement ou les revenus d'un placement,
- l'abusus : le droit d'en disposer librement, notamment en le vendant, en le donnant ou en le transformant.


Le démembrement de propriété répartit ces droits entre deux personnes. L'usufruitier détient l'usus et le fructus. Le nu-propriétaire conserve l'abusus. Ces trois attributs constituent le fondement du droit de propriété.
L'usufruit en pratique : les droits du donateur vs. du donataire
Le démembrement crée deux profils aux droits bien distincts. Voici ce que vous pouvez faire selon votre rôle dans l’opération.
Contexte | Usufruitier (le donateur) | Nu-propriétaire (le donataire) |
|---|---|---|
L'usage et les revenus restent au donateur jusqu'à son décès | Habite le bien ou perçoit les loyers | Propriétaire juridique, sans jouissance |
Les revenus sont déclarés par l'usufruitier dans ses revenus fonciers | Perçoit les revenus (loyers, dividendes) | Ne perçoit rien tant que l'usufruit dure |
Vendre en pleine propriété exige l'accord des deux parties | Ne peut pas vendre seul en pleine propriété | Ne peut pas vendre seul en pleine propriété |
Quels sont les avantages de la donation avec réserve d’usufruit ?
Des droits de donation réduits
L’intérêt fiscal de la donation avec réserve d’usufruit est simple : vous transmettez la propriété du bien à vos proches tout en conservant le droit de l’utiliser ou d’en percevoir les revenus. Comme le bénéficiaire ne peut pas profiter immédiatement du bien, l’administration fiscale considère que ce qu’il reçoit vaut moins que la pleine propriété. Résultat : les droits de donation sont calculés sur une valeur réduite.
Concrètement, les droits de donation sont calculés sur cette seule fraction, fixée par l'article 669 du Code général des impôts (CGI), selon l'âge de l'usufruitier au moment de la donation. Plus il est jeune, plus cette fraction est faible, et plus les droits sont réduits.

Autre avantage à connaître : un abattement s'applique sur la base taxable, dont le montant varie selon le lien de parenté. En ligne directe, il s’élève à 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Bien planifiée dans le temps, une donation avec réserve d’usufruit peut ainsi réduire les droits à payer sur l'ensemble du patrimoine transmis.
Aucun droit de succession au décès
Au décès du donateur, l'usufruit s'éteint automatiquement. Le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans aucune démarche particulière et sans droits de succession à payer sur ce bien : les droits ont été réglés lors de la donation initiale. Autrement dit, vos proches n'ont pas à repayer des droits sur ce bien au moment du décès.
Les revenus du bien restent au donateur
Pendant toute la durée de l'usufruit, le donateur continue de percevoir les revenus du bien (loyers ou dividendes) et les déclare dans ses revenus fonciers. Le nu-propriétaire n'y a pas accès.
Par ailleurs, sur le plan de l'IFI, c'est l'usufruitier (ici le donateur) qui reste redevable de l'impôt sur la fortune immobilière sur la valeur du bien en pleine propriété (article 968 du CGI). La donation avec réserve d'usufruit ne permet donc pas de sortir le bien du patrimoine taxable du donateur pour le calcul de l'IFI.
Comment calculer les droits d'une donation avec réserve d’usufruit ?
Le barème fiscal de l'usufruit selon l'âge du donateur
Pour calculer les droits d’une donation avec réserve d’usufruit, il faut distinguer deux valeurs :
- la valeur fiscale de l'usufruit : c'est la part de la valeur du bien que le donateur conserve,
- la valeur de la nue-propriété : ce qui est effectivement transmis au donataire, et la base sur laquelle les droits de donation sont calculés.
L’administration fiscale considère que l’usufruit et la nue-propriété ont chacun une valeur. Ensemble, ils représentent toujours 100 % de la valeur du bien.
Cette répartition dépend de l’âge du donateur au jour de la donation. Plus il est jeune, plus son usufruit est considéré comme ayant de la valeur. À l’inverse, plus il est âgé, plus la nue-propriété vaut cher.


La méthode de calcul pas à pas
- Étape 1 : estimer la valeur vénale du bien. C'est le prix auquel le bien pourrait être vendu au jour de la donation.
- Étape 2 : déterminer la valeur de la nue-propriété. On applique le pourcentage du barème à la valeur du bien selon l'âge de l'usufruitier.
- Étape 3 : appliquer l'abattement. Entre parents et enfants, l'abattement est de 100 000 € par enfant et par parent, renouvelable tous les 15 ans. Deux parents peuvent donc transmettre jusqu'à 200 000 € par enfant en franchise de droits.
- Étape 4 : calculer les droits sur la base résiduelle. Les droits sont calculés selon un barème progressif qui varie selon le lien de parenté. En ligne directe, les taux vont de 5 % jusqu'à 45 % au-delà de 1 805 677 €. Le notaire établit le calcul exact.
Un exemple chiffré complet
Albert et Jeanne, tous deux âgés de 65 ans, transmettent à leurs deux enfants Ludivine et Léo la nue-propriété de parts de SCI estimées à 1 000 000 € (500 000 € chacun), en se réservant l'usufruit.
À 65 ans (moins de 71 ans), la nue-propriété représente 60 % de la valeur du bien. Ce qui donne :


Total des droits : 36 388 € pour une transmission de 1 000 000 €. Sans démembrement, la même transmission en pleine propriété aurait g énéré 116 388 € de droits. Au décès des parents, Ludivine et Léo récupèrent la pleine propriété sans aucune imposition supplémentaire.
À quel âge est-il le plus avantageux de faire une donation avec réserve d’usufruit ?
Plus tôt vous donnez, plus l'économie fiscale est importante. Un donateur de 48 ans transmet une nue-propriété à 40 % de la valeur du bien. À 78 ans, elle atteint 70 %. Passé 90 ans, la nue-propriété représente 90 % du bien : l'avantage disparaît presque entièrement. La tranche 50-70 ans offre souvent le meilleur équilibre, mais la décision reste liée à votre situation personnelle.
Comment faire une donation avec réserve d’usufruit ? Préparation et procédure
La donation avec réserve d’usufruit est un acte solennel qui, à peine de nullité, doit obligatoirement être passé devant notaire en la forme authentique (selon l’article 931 du Code civil).
Consulter le notaire et préparer le dossier
Le notaire est l'interlocuteur central de l'opération. Il vérifie la capacité des parties, contrôle le titre de propriété, apprécie la faisabilité au regard du régime matrimonial et de la réserve héréditaire, et conseille sur les clauses à prévoir.
Documents à préparer en amont : titre de propriété, pièces d'identité des deux parties, livret de famille et informations sur le régime matrimonial. Si le bien est commun entre époux, le consentement des deux est obligatoire (article 1422 du Code civil). S'il est détenu en indivision, la donation de la totalité exige l'accord unanime des coïndivisaires (article 815-3 du Code civil).
Rédiger l'acte de donation
L'acte précise l'identité des parties, la désignation du bien et les droits transmis. Il peut prévoir des clauses utiles, à titre d’exemple :
- une clause de retour conventionnel (le bien revient au donateur si le donataire décède avant lui, sans droits de mutation supplémentaires),
- une répartition précise des charges,
- un usufruit successif au profit du conjoint survivant.
Anticiper les frais
Deux catégories de frais sont à anticiper.
- Les droits de donation : ils sont calculés sur la valeur de la nue-propriété après abattements, l'acte doit être enregistré dans le délai d'un mois (article 635 du CGI).
- Les frais notariaux : notamment les émoluments, la taxe de publicité foncière et la contribution de sécurité immobilière, qui sont calculés sur la valeur du bien en pleine propriété et sont soumis à la TVA.
Donation avec réserve d’usufruit : que se passe-t-il concrètement après la signature de l'acte ?
La répartition des charges entre usufruitier et nu-propriétaire
La répartition est définie par les articles 605 et 606 du Code civil.
Type de charge | À la charge de... |
|---|---|
Taxe foncière | L’usufruitier |
Charges de copropriété | L’usufruitier |
Assurance habitation | L’usufruitier |
Entretien et autres réparations | L’usufruitier |
Toiture, gros œuvre, ravalement | Le nu-propriétaire |
Bon à savoir : la frontière entre les catégories peut prêter à discussion, d'où l'intérêt de prévoir des clauses précises dans l'acte notarié.
La cession d'un bien démembré
Vous souhaitez vendre un bien dont la propriété est démembrée ? C’est possible, mais les modalités varient selon ce que vous vendez.
- Vendre la pleine propriété : accord obligatoire des deux parties. Le prix est réparti selon le barème fiscal, le notaire établissant la ventilation.
- Vendre la seule nue-propriété : le nu-propriétaire peut le faire sans l'accord de l'usufruitier. Transaction peu courante : l'acheteur n'aura la jouissance du bien qu'au décès de l'usufruitier.
- Vendre le seul usufruit : l'usufruitier peut le céder sans accord du nu-propriétaire. L'acheteur en perçoit les revenus jusqu'au décès de l'usufruitier initial.
La transmission de la pleine propriété au décès
Au décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint automatiquement. Le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans démarche particulière et sans droits de succession à payer : les droits ont été réglés lors de la donation.
Deux situations méritent d'être anticipées avec votre notaire. Si les deux époux sont co-usufruitiers, la pleine propriété ne passe aux enfants qu'au décès du second. Une clause d'usufruit successif peut par ailleurs être prévue dans l'acte : l'usufruit revient alors au conjoint survivant au premier décès, protection utile lorsque le bien génère des revenus locatifs.
La donation temporaire d'usufruit : une variante à connaître
Dans une donation avec réserve d'usufruit classique, vous conservez l'usufruit jusqu'à votre décès. Dans une donation temporaire d'usufruit (DTU), vous cédez cet usufruit pour une durée déterminée (par exemple 3 ans) tout en conservant la nue-propriété.
Cas d'usage typique. Un parent cède l'usufruit d'un appartement locatif à son enfant étudiant pour 8 ans. L'enfant perçoit les loyers à son propre niveau d'imposition, souvent plus faible. Le parent récupère la pleine propriété à l'issue de la période, sans formalité.
La DTU possède un avantage fiscal puisque la valeur de la donation est fixée à 23 % de la valeur en pleine propriété par tranche de 10 ans, sans tenir compte de l'âge de l'usufruitier (l’article 669 du CGI). Pour une DTU inférieure à 10 ans, la base taxable est donc de 23 % de la valeur du bien.
Pendant la durée de la donation, le bien sort également du patrimoine du donateur pour le calcul de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Un point de vigilance : la DTU est en principe rapportable à la succession lors du partage. À anticiper avec votre notaire.
Pour conclure
La donation avec réserve d’usufruit est un outil patrimonial qui vous permet de transmettre sans vous démunir : les droits sont réduits, vous conservez les revenus pendant toute la durée de l'usufruit, et la pleine propriété revient au nu-propriétaire à votre décès sans nouveaux droits à payer sur ce bien.
C'est un mécanisme efficace, mais qui demande d'être bien calibré : le bon âge, le bon bien, les bonnes clauses dans l'acte. Prêt à aller plus loin dans la structuration de votre patrimoine ? Nos experts se tiennent à votre disposition !
- Transmettez la nue-propriété tout en conservant l'usufruit, ce qui réduit les droits de donation.
- Les droits sont calculés sur la valeur de la nue-propriété, dépendant de l'âge du donateur.
- Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans droits de succession.
- L'acte de donation doit être signé chez un notaire pour sa validité.
- La donation temporaire d'usufruit est une alternative pour gérer temporairement les revenus du bien.
Vos questions fréquentes sur la donation avec réserve d’usufruit
La donation avec réserve d'usufruit est-elle définitive ?
Oui. La nue-propriété est transmise définitivement dès la signature de l'acte notarié. Seule la donation temporaire d'usufruit prévoit un retour à la situation initiale à l'issue de la période convenue.
Quelle différence entre usufruit et nue-propriété ?
L'usufruit est le droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus, sans en être pleinement propriétaire. La nue-propriété est le droit de propriété dépouillé de son usage : le nu-propriétaire détient le bien juridiquement, mais ne peut ni l'habiter ni en percevoir les loyers tant que l'usufruit dure. Les deux droits réunis forment la pleine propriété.
Peut-on faire une donation en usufruit si le bien est détenu en commun avec son conjoint ?
Oui, mais les deux époux doivent consentir à la donation si le bien appartient à la communauté. Le notaire gère cette situation et s'assure que les droits de chacun sont préservés dans l'acte.
Que se passe-t-il si l'enfant décède avant le parent ?
La nue-propriété entre dans la succession de l'enfant et revient à ses héritiers. Une clause de retour conventionnel peut être prévue dans l'acte pour qu'elle revienne au donateur.

David est Head of Legal chez Dougs. En français, cela signifie qu’il pilote le département juridique du cabinet, endosse la casquette de référent technique et garantit l’évolution du service.
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