Droit d’usage et d’habitation : définition, fonctionnement et fiscalité

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Patrick Maurice
Patrick Maurice
Cofondateur et CEO
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Vous souhaitez protéger un proche tout en conservant la propriété d’un bien immobilier ? Le droit d’usage et d’habitation peut être une solution intéressante dans le cadre d’une succession, d’une donation ou d’une vente en viager. Pourtant, ce mécanisme reste souvent confondu avec l’usufruit.

Qui peut occuper le logement ? Peut-on louer le bien ? Qui paie les travaux et les taxes ? Pour sécuriser ce type d’opération et anticiper ses conséquences patrimoniales, il peut être utile de se faire accompagner par des experts en conseil juridique.

Dans cet article, découvrez comment fonctionne le droit d’usage et d’habitation, ses limites, sa fiscalité et ses différences avec l’usufruit.

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EN BREF
  • Le droit d’usage et d’habitation (DUH) permet à une personne d’occuper un logement pour ses besoins personnels, sans pouvoir le louer ou en tirer des revenus.
  • Contrairement à l’usufruit, ce droit est strictement personnel et généralement non transmissible.
  • Le DUH est souvent utilisé pour protéger un conjoint, organiser une transmission familiale ou dans le cadre d’une vente en viager.
  • Sa mise en place nécessite un acte précis, généralement notarié, afin d’encadrer les droits de chacun et d’éviter les conflits.
  • Les charges, travaux et taxes doivent être clairement répartis entre le titulaire du DUH et le nu-propriétaire.
  • Un bien grevé d’un DUH subit généralement une décote, ce qui peut impacter sa vente, sa valorisation ou un financement bancaire.
  • Le droit prend le plus souvent fin au décès du titulaire, mais d’autres causes d’extinction peuvent être prévues dans l’acte.

Comprendre le droit d'usage et d'habitation

Le droit d’usage et d’habitation est un droit réel immobilier prévu par le Code civil. Il permet à une personne, appelée “usager”, d’utiliser un logement pour ses besoins personnels et ceux de sa famille, sans pouvoir profiter pleinement du bien comme le ferait un usufruitier.

Il s’agit d’un démembrement de propriété : le propriétaire conserve la nue-propriété tandis que l’usager bénéficie d’un droit d’occupation limité.

Définition selon le Code civil

Le droit d’usage et d’habitation est encadré par les articles 625 et suivants du Code civil.

Concrètement, le droit d’usage permet d’utiliser le bien, tandis que le droit d’habitation autorise le bénéficiaire à y vivre personnellement.

Contrairement à l’usufruit, ce droit est strictement attaché à la personne bénéficiaire. On parle d’un droit “intuitu personae”.

Le titulaire ne dispose donc pas du fructus, c’est-à-dire du droit de tirer des revenus du bien.

Différence entre droit d’usage et usufruit

Le droit d’usage et d’habitation est souvent assimilé à un usufruit réduit. Pourtant, plusieurs différences majeures existent.

Droit d’usage et d’habitationUsufruit
Usage personnel du logementUsage et perception des revenus
Location généralement interditeLocation autorisée
Droit attaché à la personneDroit plus librement transmissible
Usage limité aux besoins du titulaireUtilisation plus complète du bien

Par exemple, un parent souhaitant continuer à vivre dans son logement sans autoriser sa mise en location pourra préférer un DUH à un usufruit.

Les droits accordés au titulaire du DUH

Le titulaire du droit d’usage et d’habitation peut :

  • habiter le logement ;
  • utiliser les meubles ;
  • héberger sa famille proche.

Ce droit permet surtout au bénéficiaire de rester vivre dans le logement avec ses proches.

L’acte peut préciser qui peut occuper le logement avec lui, comme le conjoint ou les enfants.

Exemple : un parent peut donner la nue-propriété à son enfant tout en gardant le droit d’y vivre jusqu’à son décès.

Le DUH protège ainsi l’occupation du logement tout en gardant la propriété dans la famille.

Les limites du droit d’usage et d’habitation

Le droit d’usage et d’habitation est strictement encadré par le Code civil et destiné à l’habitation personnelle.

Le titulaire dispose de moins de liberté qu’un propriétaire ou un usufruitier. Il ne peut généralement ni louer le bien ni conclure un contrat de location, sauf clause particulière prévue dans l’acte.

Le nu-propriétaire conserve la propriété et les décisions importantes sur le logement. En cas d’abus, la justice peut retirer ce droit.

Comment mettre en place un droit d’usage et d’habitation ?

Le droit d’usage et d’habitation peut être accordé à différentes personnes dans un cadre familial, patrimonial ou judiciaire.

Les principaux bénéficiaires du DUH

Le droit d’usage et d’habitation est fréquemment accordé au conjoint survivant, à un héritier, à un enfant, à un proche dans le cadre d’une donation ou encore à un ex-conjoint au titre d’une prestation compensatoire.

Ce mécanisme permet notamment de maintenir un proche dans le logement tout en préparant progressivement la transmission du bien immobilier.

Le DUH peut également être utilisé aux côtés d’autres outils patrimoniaux, comme la SCI familiale, afin d’organiser plus facilement la détention et la transmission d’un patrimoine immobilier.

Comment se crée un droit d’usage et d’habitation ?

Le DUH peut être créé par donation, par testament, lors d’une succession, par convention entre les parties ou encore par décision de justice.

Le recours à un acte notarié est fortement recommandé afin de sécuriser juridiquement les droits de chacun.

Pourquoi l’acte notarié est-il indispensable ?

L’acte notarié permet d’encadrer précisément le droit d’usage et d’habitation et de définir les droits de chaque partie.

Il peut notamment préciser :

  • les personnes autorisées à occuper le logement ;
  • la répartition des charges et des travaux ;
  • les usages autorisés ou interdits ;
  • les conséquences d’un départ anticipé ou d’une renonciation au droit.

L’enregistrement du DUH auprès du service de publicité foncière permet également de garantir que ce droit devra être respecté par un futur acquéreur du bien.

Concrètement, les difficultés apparaissent souvent plusieurs années plus tard, lorsque la situation familiale évolue. Remariage, arrivée d’un nouveau conjoint, retour d’un enfant dans le logement ou tensions entre héritiers peuvent rapidement créer des incompréhensions si rien n’a été prévu dans l’acte.

Par exemple, un conflit peut naître lorsque de gros travaux doivent être financés ou lorsqu’un nouveau conjoint souhaite occuper le logement sans que cette situation ait été anticipée.

Un acte précis permet donc de sécuriser durablement les relations entre le titulaire du DUH et le nu-propriétaire.

Peut-on prévoir un DUH sur une ou deux têtes ?

Oui. Le droit peut être viager sur une seule tête, accordé à deux bénéficiaires ou prévu pour une durée déterminée.

Dans un DUH sur deux têtes, le droit peut se poursuivre jusqu’au décès du dernier bénéficiaire selon les clauses prévues.

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La durée du droit d’usage et d’habitation

Ce droit est généralement accordé pour toute la vie du bénéficiaire, mais sa durée peut varier selon les conditions prévues dans l’acte. Il est donc important d’anticiper les modalités de fin du droit, particulièrement en cas de renonciation ou de désaccords, afin de limiter les incompréhensions entre le titulaire et le nu-propriétaire.

Comment prend fin un droit d’usage et d’habitation ?

Le droit d’usage et d’habitation est le plus souvent viager : il s’éteint donc au décès du titulaire. Cette situation peut avoir des conséquences importantes dans le cadre de la dévolution successorale, notamment concernant la transmission du bien aux héritiers.

Toutefois, les parties peuvent prévoir dans l’acte une durée limitée, un terme précis ou certaines conditions particulières.

Le DUH peut ainsi disparaître :

  • au décès du titulaire ;
  • par renonciation ;
  • à l’arrivée du terme prévu ;
  • ou par déchéance judiciaire en cas d’abus de jouissance.

La renonciation doit généralement être formalisée par acte notarié. Lorsqu’elle est mal encadrée, elle peut créer des tensions entre le titulaire du droit, ses héritiers et le nu-propriétaire.

À la fin du DUH, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété du bien. Le logement doit alors être libéré et les obligations liées au droit d’usage prennent fin.

Charges, travaux et répartition des dépenses en cas de droit d’usage et d’habitation

La répartition des dépenses dépend avant tout des clauses prévues dans l’acte notarié. En pratique, certaines charges restent généralement à la charge du titulaire du DUH, tandis que d’autres sont supportées par le nu-propriétaire.

DépensesQui paie généralement ?
Entretien courantTitulaire du DUH
Charges courantesTitulaire du DUH
Gros travauxNu-propriétaire
Taxe foncièreNu-propriétaire (sauf clause contraire)
Charges exceptionnellesSelon l’acte notarié

Le titulaire du droit d’usage et d’habitation prend généralement en charge l’entretien courant, tandis que le propriétaire supporte les grosses réparations, conformément aux articles 605 et articles 606 du Code civil.

En pratique, il reste essentiel d’anticiper dans l’acte la répartition des travaux importants, des charges exceptionnelles ou des dépenses de copropriété afin d’éviter les incompréhensions entre les parties.

Exemple concret :

Un conflit peut apparaître si des travaux d’isolation énergétique ou une réfection de toiture doivent être réalisés sans que leur financement ait été clairement prévu.

Quelles taxes s’appliquent ?

Le titulaire du DUH peut être redevable de la taxe d’habitation lorsqu’elle s’applique, ainsi que de certaines charges courantes de copropriété.

La taxe foncière reste souvent à la charge du propriétaire, sauf clause contraire.

Fiscalité et valorisation du bien

Le droit d’usage et d’habitation ne se limite pas à un simple droit d’occupation. Il a également des conséquences importantes sur la répartition des charges, la fiscalité applicable et la valeur du bien immobilier.

Ces éléments doivent être anticipés dès la mise en place du DUH, notamment dans le cadre d’une transmission familiale, d’une donation ou d’une vente en viager.

Comment le DUH est-il évalué ?

Le droit d’usage et d’habitation possède une valeur patrimoniale et fiscale importante, notamment lors d’une succession, d’une donation ou d’un démembrement de propriété.

Pour évaluer cette valeur, l’administration fiscale s’appuie notamment sur l’article 762 bis du CGI ainsi que sur le barème de l’article 669 du CGI. L’âge du titulaire, la valeur du bien et la durée probable du droit sont les principaux critères pris en compte.

En pratique, les professionnels croisent également plusieurs éléments comme la valeur locative du logement, le marché immobilier local, l’état du bien ou encore les clauses prévues dans l’acte.

La valeur du DUH est généralement calculée à partir de celle de l’usufruit, mais elle reste inférieure car le droit accordé au titulaire est plus limité.

La création d’un DUH peut également entraîner des frais de notaire, des droits de mutation et des frais de publicité foncière calculés selon la valeur attribuée au droit.

Quel impact sur la valeur du bien ?

Un bien grevé d’un droit d’usage et d’habitation subit généralement une décote, car il est considéré comme occupé.

Cette décote dépend notamment de l’âge du titulaire, de la durée probable d’occupation, du marché immobilier local et des limitations attachées au droit.

Exemple concret :

Un logement occupé par une personne âgée de 85 ans n’aura pas le même impact sur la valeur du bien qu’un DUH accordé à une personne de 60 ans.

Cette situation peut avoir un impact direct sur la valeur vénale du bien immobilier, les conditions de vente, l’accès à certains financements bancaires ou encore les opérations de donation et de succession.

Viager et décote

Le droit d’usage et d’habitation joue également un rôle important dans les ventes en viager.

Pour comprendre le calcul d’un bouquet, d’une rente viagère ou d’une décote, il faut d’abord évaluer précisément les droits conservés par l’occupant.

Plus le droit d’usage accordé au vendeur est important ou durable, plus la valeur du bien diminue pour l’acquéreur.

Les professionnels croisent souvent plusieurs critères pour estimer cette décote :

  • âge du titulaire
  • état du bien
  • marché immobilier local
  • tension locative
  • clauses prévues dans l’acte

Vente et conséquences pour l’acheteur

Un bien immobilier grevé d’un droit d’usage et d’habitation peut être vendu. En revanche, ce droit continue généralement de s’appliquer au futur acquéreur jusqu’à son extinction. L’acheteur devient donc propriétaire du bien sans pouvoir l’occuper librement tant que le titulaire conserve son droit d’usage.

Pour que ce droit soit pleinement opposable aux tiers, il doit avoir été enregistré auprès du service de publicité foncière. Cette formalité permet d’informer officiellement tout futur acquéreur de l’existence du DUH et de garantir son maintien après la vente.

SituationConséquence pour l’acheteur
Bien occupé pendant longtempsDécote plus importante
Projet locatif immédiatExploitation limitée
Achat pour loger un procheOccupation impossible à court terme
Revente rapide envisagéeValorisation parfois réduite

Exemple concret :

Un acquéreur souhaitant récupérer rapidement un appartement pour y loger un enfant ou développer un projet locatif pourra négocier le prix à la baisse si le logement risque de rester occupé pendant de nombreuses années.

Avant toute vente ou acquisition, il reste donc important d’évaluer l’impact du DUH sur la valeur du bien et sur les objectifs patrimoniaux de chaque partie.

Les principaux points de vigilance

Plusieurs points de vigilance doivent être anticipés lors de la mise en place d’un droit d’usage et d’habitation. Une mauvaise rédaction de l’acte, une confusion avec l’usufruit ou une mauvaise anticipation des charges peuvent rapidement compliquer les relations entre les parties.

Avant de mettre en place un DUH, il est notamment recommandé de clarifier :

  • les personnes autorisées à occuper le logement ;
  • les usages permis ou interdits du bien ;
  • la répartition des charges, des taxes et des gros travaux ;
  • les conséquences d’un départ anticipé ou d’une renonciation au droit ;
  • l’impact d’un changement de situation familiale, comme un remariage, l’arrivée d’un nouveau conjoint ou de nouveaux occupants ;
  • les conséquences du DUH sur la valeur du bien et sur une éventuelle revente.

Un encadrement précis permet généralement de limiter les incompréhensions entre les parties et de sécuriser durablement l’organisation patrimoniale du bien immobilier.

FAQ sur le droit d’usage et d’habitation

Le DUH est-il transmissible aux héritiers ?

Non. Le DUH s’éteint généralement au décès du titulaire.

Qui paie la taxe foncière ?

La taxe foncière est souvent supportée par le nu-propriétaire, sauf disposition contraire dans l’acte.

Peut-on héberger quelqu’un avec un DUH ?

Oui. Le titulaire d’un DUH peut généralement héberger son conjoint ou ses enfants, sauf restrictions prévues dans l’acte notarié.

Le DUH peut-il être temporaire ?

Oui. Même si le DUH est souvent viager, il peut aussi être prévu pour une durée déterminée dans l’acte notarié.

Comment supprimer un DUH ?

Le droit d’usage et d’habitation prend en général fin au décès du titulaire. Cependant, il peut aussi disparaître par renonciation, à l’arrivée du terme fixé dans l’acte ou par décision judiciaire en cas d’abus de jouissance. Dans la plupart des cas, la suppression du droit doit être formalisée devant notaire.

EN RÉSUMÉ

Ce qu’il faut retenir sur le droit d’usage et d’habitation

Le droit d’usage et d’habitation permet de protéger un proche en lui garantissant l’occupation d’un logement, tout en conservant la nue-propriété du bien. Plus encadré que l’usufruit, il interdit généralement la location du bien et la transmission du droit.

Sa mise en place doit être soigneusement anticipée, notamment concernant les charges, la fiscalité, la transmission du patrimoine et les modalités de fin du droit.

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Patrick Maurice
Patrick Maurice
Cofondateur et CEO

Patrick est cofondateur et CEO de Dougs. Expert-comptable de profession, expert conseil en création et reprise d’activité, il détient le Prix du Meilleur mémoire d'expertise comptable. Entrepreneur passionné, il partage régulièrement ses connaissances en intervenant dans des établissements supérieurs reconnus (X, HEC).

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