Tout comprendre sur la retenue de garantie en travaux
Dans les marchés de travaux, vous êtes souvent confronté à des mécanismes destinés à sécuriser la bonne exécution d’un chantier. Parmi eux, la retenue de garantie occupe une place importante, notamment dans le bâtiment et les travaux publics. Pour éviter les erreurs contractuelles ou les litiges, il peut d’ailleurs être utile de vous appuyer sur des conseils juridiques adaptés à votre situation.
Ce dispositif permet à votre client (le maître d’ouvrage) de conserver temporairement une partie des sommes dues afin de se protéger contre d’éventuelles malfaçons ou réserves constatées après la réception des travaux.
Encadrée par la loi, la retenue de garantie répond à des règles précises : montant maximal, durée de conservation, conditions de restitution ou encore possibilité de remplacement par une caution bancaire.


La retenue de garantie est un mécanisme de sécurisation des marchés de travaux :
- elle permet à votre client de conserver une partie du paiement pour couvrir d’éventuelles réserves,
- elle est plafonnée à 5 % du montant du marché,
- elle doit être prévue contractuellement pour être applicable,
- elle peut être remplacée par une caution bancaire ou une garantie équivalente,
- elle vous est en principe restituée après un an si aucune réserve ne subsiste.
Ce mécanisme étant encadré, il est essentiel d’en comprendre les règles avant de signer un contrat de travaux.
Qu’est-ce que la retenue de garantie et comment fonctionne-t-elle ?
Qu’est-ce que la retenue de garantie ?
La retenue de garantie est une somme que votre client (le maître d’ouvrage) conserve temporairement sur les paiements qui vous sont dus au titre d’un marché de travaux.
Elle ne constitue pas une pénalité, mais un mécanisme de sécurisation. Son objectif est de garantir la bonne exécution des travaux et la correction des éventuels désordres constatés après la réception du chantier.
Concrètement, votre client ne vous verse pas immédiatement l’intégralité des sommes dues. Une fraction du montant du marché est conservée pendant une durée déterminée, puis restituée si aucune réserve n’est constatée.
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À quoi sert la retenue de garantie ?
La retenue de garantie sert principalement à couvrir :
- les réserves formulées lors de la réception des travaux,
- les malfaçons ou désordres apparaissant après la livraison,
- les finitions non réalisées ou non conformes,
- les corrections à effectuer dans le cadre de la garantie de parfait achèvement.
Elle agit donc comme une sécurité financière pour votre client pendant la période suivant la réception du chantier.
Dans quels cas est-elle appliquée ?
La retenue de garantie est généralement prévue dans les marchés de travaux, notamment :
- dans le bâtiment (construction et rénovation),
- dans les marchés publics,
- dans certains contrats privés entre professionnels.
Elle est le plus souvent appliquée lorsque :
- des réserves sont émises à la réception,
- le chantier nécessite des ajustements après livraison,
- le client souhaite sécuriser la bonne fin des travaux,
- les prestations comportent un enjeu de conformité ou de finition.
Comment fonctionne la retenue de garantie en pratique ?
En pratique, la retenue de garantie est prélevée directement sur les paiements que votre client vous effectue.
Elle peut être :
- retenue à chaque facture (acomptes ou situations de travaux),
- ou calculée globalement en fin de chantier.
Dans tous les cas, le montant total retenu ne peut pas dépasser le plafond légal applicable au marché.
Les sommes sont ensuite conservées pendant une période définie, puis restituées si aucune réserve n’est justifiée.

Retenue de garantie, caution bancaire et garantie de parfait achèvement : ne pas confondre


Ces trois notions sont souvent confondues dans les marchés de travaux. Pourtant, elles répondent à des logiques différentes et n’ont pas le même impact pour vous.
La retenue de garantie
La retenue de garantie correspond à une somme que votre client conserve directement sur les paiements qui vous sont dus.
Vous ne percevez donc pas immédiatement l’intégralité du montant facturé. Une partie est bloquée pendant une durée déterminée afin de couvrir d’éventuelles réserves ou malfaçons.
Dans ce cas :
- votre trésorerie est partiellement immobilisée,
- votre client conserve une sécurité financière,
- la restitution intervient à l’issue du délai prévu, si tout est conforme.
La caution bancaire ou garantie équivalente
La caution bancaire permet de remplacer la retenue de garantie.
Dans ce cas :
- votre client vous règle 100 % des sommes dues,
- une banque ou un organisme financier se porte garant en cas de défaillance,
- les fonds ne sont pas bloqués sur votre trésorerie.
Il existe deux principaux mécanismes :
- la caution simple ou caution personnelle et solidaire,
- la garantie à première demande, plus protectrice pour votre client.
Ce dispositif est souvent privilégié lorsque vous souhaitez préserver votre trésorerie, notamment sur des chantiers importants.
La garantie de parfait achèvement
La garantie de parfait achèvement est une obligation légale qui vous impose de réparer les désordres signalés après la réception des travaux.
Elle s’applique pendant un an à compter de la réception, et couvre :
- les réserves mentionnées lors de la réception,
- les défauts apparus après livraison,
- les non-conformités liées à l’exécution des travaux.
Contrairement à la retenue de garantie, elle ne bloque pas de somme automatiquement. Elle constitue une obligation juridique indépendante.
Tableau récapitulatif : quel dispositif choisir ?
Dispositif | Objectif | Impact pour vous | Durée |
|---|---|---|---|
Retenue de garantie | Sécuriser les réserves et malfaçons | Blocage d’une partie des paiements | En général 1 an |
Caution bancaire | Remplacer la retenue | Frais bancaires mais pas d’immobilisation | Selon contrat |
Garantie de parfait achèvement | Réparer les désordres après réception | Obligation légale | 1 an après réception |
Quel est le montant de la retenue de garantie ?
Un montant strictement encadré par la loi
La retenue de garantie n’est pas librement fixée. Elle est encadrée par un plafond légal qui s’applique à l’ensemble des marchés de travaux.
Vous ne pouvez pas prévoir une retenue supérieure à 5 % du montant total du marché.
Ce plafond s’applique aussi bien :
- aux marchés privés de travaux,
- qu’aux marchés publics,
- et aux situations de travaux ou acomptes successifs.
Même si un contrat prévoit un taux plus élevé, cette clause peut être considérée comme non conforme.
Comment se calcule la retenue de garantie ?
Le calcul est simple : il s’agit d’un pourcentage appliqué au montant hors taxes du marché.
Imaginons un marché de travaux de 80 000 € HT avec une retenue de garantie de 5 %.
Le montant retenu sera le suivant :
80000×5%=4000
Dans ce cas :
- vous percevez 76 000 € pendant l’exécution du chantier,
- 4 000 € sont conservés par votre client jusqu’à la fin du délai de garantie.
La retenue de garantie s’applique-t-elle sur chaque facture ?
Dans la pratique, la retenue de garantie est souvent prélevée progressivement.
Cela signifie que votre client peut retenir un pourcentage sur chaque situation de travaux ou chaque facture intermédiaire.
Par exemple :
- sur une facture de 10 000 €, une retenue de 500 € peut être appliquée,
- sur une autre facture de 20 000 €, 1 000 € peuvent être retenus.
Cependant, le total cumulé des retenues ne peut jamais dépasser 5 % du montant global du marché.
Peut-on négocier le montant ?
Oui, le plafond de 5 % est un maximum légal, pas une obligation.
Vous pouvez donc :
- négocier un taux inférieur,
- prévoir une absence totale de retenue,
- ou privilégier une caution bancaire en remplacement.
Dans certains cas, notamment pour préserver votre trésorerie, il peut être plus intéressant de refuser la retenue au profit d’un autre mécanisme de garantie.
La retenue de garantie est-elle obligatoire ?
Une retenue qui n’est jamais automatique
La retenue de garantie n’est pas une obligation légale générale dans les marchés de travaux. Elle ne s’applique pas automatiquement dès qu’un chantier débute.
Pour exister, elle doit impérativement être prévue dans votre contrat ou dans les documents du marché (devis, marché de travaux, CCAP en marchés publics).
Sans clause spécifique, votre client ne peut pas retenir une partie des sommes qui vous sont dues.
Une condition essentielle : la clause contractuelle
Pour être valable, la retenue de garantie doit être formalisée dans le contrat.
Cette clause doit préciser de manière claire :
- le taux appliqué (dans la limite de 5 %),
- les modalités de calcul et de prélèvement,
- la durée de conservation des sommes,
- les conditions de restitution,
- les éventuelles situations de blocage (réserves, litiges, malfaçons).
Une clause imprécise ou ambiguë peut être source de contestation, voire d’inefficacité juridique.
Peut-on ajouter une retenue de garantie après la signature ?
En principe, non.
Une retenue de garantie ne peut pas être imposée unilatéralement en cours d’exécution du chantier.
Si elle n’était pas prévue initialement :
- votre client ne peut pas décider seul de bloquer une partie des paiements,
- vous êtes en droit de refuser cette modification,
- toute mise en place tardive nécessite votre accord explicite.
Que se passe-t-il en l’absence de clause ?
Si aucune retenue de garantie n’est prévue dans le contrat :
- votre client doit vous régler l’intégralité des sommes dues,
- aucune somme ne peut être légalement bloquée à ce titre,
- vous pouvez exiger le paiement complet des factures.
En cas de refus, vous pouvez engager une procédure de recouvrement.
Pendant combien de temps la retenue de garantie est-elle conservée ?
Une durée en principe limitée à un an
La retenue de garantie est généralement conservée pendant une durée d’un an à compter de la réception des travaux.
Cette période correspond à la garantie de parfait achèvement, durant laquelle vous restez tenu de réparer les désordres signalés après la livraison.
À l’issue de ce délai, les sommes doivent en principe vous être restituées si aucune réserve n’est en suspens.
Le point de départ : la réception des travaux
Le délai ne commence pas à la fin du chantier ni à la date de la facture finale.
Il débute à la réception des travaux, c’est-à-dire l’acte par lequel votre client accepte l’ouvrage.
Cette réception peut être :
- expresse (via un procès-verbal signé),
- tacite (acceptation sans réserve formelle),
- ou judiciaire en cas de désaccord.
La date de réception est donc un élément clé, car elle déclenche à la fois :
- la garantie de parfait achèvement,
- le délai de conservation de la retenue de garantie,
- et les obligations de levée des réserves.
Peut-on conserver la retenue plus longtemps ?
Votre client ne peut pas conserver la retenue de garantie indéfiniment.
Une prolongation au-delà du délai d’un an n’est possible que dans des cas limités, notamment :
- si des réserves n’ont pas été levées,
- si des désordres persistent,
- si un litige est en cours sur la qualité des travaux.
Dans ces situations, la retenue peut être conservée temporairement, mais uniquement de manière justifiée et proportionnée.
Que se passe-t-il en l’absence de contestation ?
Si aucune réserve n’est formulée et qu’aucun litige n’existe à l’issue du délai :
- votre client doit vous restituer les sommes retenues,
- la retenue ne peut plus être conservée,
- vous pouvez en exiger le paiement.
En cas de blocage injustifié, vous êtes en droit d’engager une démarche de recouvrement.
Comment récupérer la retenue de garantie ?
Une restitution en principe automatique
À l’issue du délai de garantie, la retenue de garantie doit vous être restituée si aucune réserve n’est en cours et si les travaux sont considérés comme conformes.
En théorie, cette restitution est automatique. Dans la pratique, il est souvent nécessaire d’effectuer un suivi actif pour éviter tout retard de paiement.
Les étapes pour récupérer la retenue de garantie
La récupération de la retenue de garantie suit généralement plusieurs étapes.
1. Vérifier les conditions de restitution
Avant toute démarche, vous devez vous assurer que :
- la date de réception des travaux est bien atteinte,
- toutes les réserves ont été levées,
- aucun litige n’est en cours sur l’exécution du marché.
2. Formuler une demande amiable
Vous pouvez ensuite adresser une demande de restitution à votre client.
Cette demande doit être claire et rappeler :
- le montant de la retenue,
- la date de réception des travaux,
- l’absence de réserves restantes.
Dans de nombreux cas, cette simple démarche suffit à débloquer la situation.
3. Envoyer une mise en demeure si nécessaire
Si votre client ne procède pas à la restitution malgré votre demande, vous pouvez envoyer une mise en demeure.
Ce courrier doit :
- rappeler les obligations contractuelles,
- fixer un délai de paiement,
- indiquer les conséquences en cas de non-règlement.
Il s’agit d’une étape importante avant toute action contentieuse.
Peut-on réclamer des intérêts de retard ?
Oui.
Si votre client conserve la retenue de garantie sans justification valable au-delà du délai prévu, vous pouvez demander :
- des intérêts de retard,
- le remboursement intégral des sommes dues,
- et éventuellement des dommages et intérêts si un préjudice est démontré.
Ces demandes peuvent être formulées dans le cadre d’une négociation ou d’une procédure judiciaire.
Pourquoi la retenue de garantie est souvent oubliée ?
Dans la pratique, la retenue de garantie est parfois négligée par les clients, notamment lorsque :
- le chantier est terminé depuis longtemps,
- les équipes ont changé,
- les suivis administratifs sont incomplets.
C’est pourquoi un suivi rigoureux de votre part est essentiel pour éviter les pertes de trésorerie.
Peut-on remplacer la retenue de garantie par une caution bancaire ?
Le principe : éviter l’immobilisation de trésorerie
Dans certains cas, vous pouvez éviter la retenue de garantie en la remplaçant par une caution bancaire ou une garantie équivalente.
L’objectif est simple : au lieu de bloquer une partie de vos paiements, vous percevez 100 % des sommes dues, tandis qu’un organisme financier se porte garant en cas de problème.
Comment fonctionne la caution bancaire ?
Dans ce mécanisme :
- votre client vous règle l’intégralité des travaux,
- une banque ou un établissement financier se porte garant,
- en cas de désordres non réparés, le client peut activer la garantie.
Vous ne subissez donc aucune retenue directe sur votre trésorerie.
Les différents types de garanties
Il existe deux formes principales de garanties.
La caution simple
La caution simple implique que la banque ne paiera qu’après vérification ou contestation éventuelle.
Elle offre un équilibre entre :
- protection du client,
- flexibilité pour vous.
La garantie à première demande
Dans ce cas, la banque doit payer immédiatement dès la demande du client, sans discussion préalable.
Ce mécanisme est :
- très protecteur pour votre client,
- plus engageant pour vous et votre établissement bancaire.
Quels sont les avantages pour vous ?
Le remplacement de la retenue de garantie présente plusieurs avantages :
- amélioration immédiate de votre trésorerie,
- suppression de l’immobilisation des 5 %,
- meilleure capacité de financement de vos chantiers,
- réduction du besoin en fonds de roulement.
C’est souvent un levier important pour les entreprises du bâtiment.
Quels sont les coûts ?
La caution bancaire n’est pas gratuite.
Vous devez généralement supporter :
- des frais de dossier,
- une commission annuelle ou mensuelle,
- parfois une contre-garantie exigée par la banque.
Le coût dépend :
- du montant garanti,
- de la durée du chantier,
- de votre situation financière.
Retenue ou caution : que choisir ?
Le choix dépend principalement de votre situation de trésorerie.
- Si votre trésorerie est confortable : la retenue peut être acceptable,
- Si votre trésorerie est tendue : la caution est souvent préférable,
- Si vos chantiers sont importants : la caution devient souvent stratégique.
Quels sont les litiges fréquents autour de la retenue de garantie ?
Une source régulière de tensions
La retenue de garantie est un mécanisme utile, mais elle est aussi à l’origine de nombreux litiges entre vous et votre client.
Ces conflits concernent principalement la restitution des sommes, l’interprétation des réserves ou encore la validité même de la retenue.
Les retenues abusives
L’un des litiges les plus fréquents concerne les situations dans lesquelles votre client conserve la retenue de garantie alors qu’il ne devrait plus le faire.
Cela peut arriver lorsque :
- le délai d’un an après réception est dépassé,
- les réserves ont déjà été levées,
- aucun désordre n’est constaté,
- ou la retenue n’est pas prévue contractuellement.
Dans ce cas, la retenue devient injustifiée.
Vous pouvez alors réclamer :
- le paiement immédiat des sommes,
- des intérêts de retard,
- voire une indemnisation en cas de préjudice financier.
Les réserves contestées ou imprécises
Un autre point de friction fréquent concerne les réserves formulées lors de la réception.
Les litiges apparaissent lorsque :
- les réserves sont vagues ou insuffisamment détaillées,
- elles portent sur des éléments mineurs,
- elles concernent des prestations hors contrat,
- ou elles sont difficiles à objectiver techniquement.
Plus les réserves sont imprécises, plus leur impact sur la retenue de garantie est contestable.
Le non-respect du plafond légal
Dans certains cas, la retenue de garantie peut dépasser le plafond légal de 5 % du marché.
Cela peut résulter :
- d’une mauvaise rédaction du contrat,
- d’une application incorrecte du pourcentage,
- ou d’une pratique contractuelle abusive.
Dans ce cas, la clause peut être remise en cause.
L’absence de clause contractuelle
Un litige peut également naître lorsque la retenue de garantie n’a pas été prévue dans le contrat.
Si aucune clause ne l’encadre :
- votre client ne peut pas légalement retenir une partie des paiements,
- vous êtes en droit d’exiger le règlement intégral.
L’importance du procès-verbal de réception
Le procès-verbal de réception joue un rôle central dans la gestion des litiges.
Il permet de :
- fixer la date de départ des délais,
- formaliser les réserves,
- encadrer les obligations de levée de défauts,
- sécuriser la restitution de la retenue.
Un document incomplet ou ambigu est souvent à l’origine des désaccords.
Marchés publics, impacts comptables et bonnes pratiques
La retenue de garantie dans les marchés publics
Dans les marchés publics, la retenue de garantie est très encadrée et répond à des règles similaires aux marchés privés, mais avec un formalisme renforcé.
Elle doit obligatoirement :
- être prévue dans les documents contractuels du marché,
- respecter le plafond de 5 % du montant total,
- être clairement définie dans les pièces du marché (CCAP, acte d’engagement, etc.).
Votre client public ne peut pas appliquer une retenue de manière implicite ou non contractuelle.
Comme dans les marchés privés, vous pouvez également remplacer cette retenue par :
- une caution bancaire,
- ou une garantie à première demande.
Impact comptable et financier pour votre activité
La retenue de garantie a un impact direct sur votre trésorerie et votre gestion financière.
Même si les travaux sont réalisés et facturés, une partie du chiffre d’affaires reste temporairement bloquée.
Cela entraîne plusieurs conséquences :
- une diminution de la trésorerie disponible,
- une augmentation du besoin en fonds de roulement,
- une tension possible sur le financement de vos chantiers,
- un décalage entre production et encaissement réel.
Sur le plan comptable, la retenue de garantie est suivie comme une créance, et non comme une charge ou une perte. Elle est simplement différée dans le temps.
Voici le paragraphe à intégrer dans la section "Comment comptabiliser une retenue de garantie ?" de l'article (qui existe déjà mais reste assez succincte). Il vient remplacer ou enrichir le contenu actuel de cette section :
Comment comptabiliser une retenue de garantie ?
La comptabilisation de la retenue de garantie dépend de votre position dans l'opération : êtes-vous l'entreprise qui réalise les travaux, ou le maître d'ouvrage qui les commande ?
Si vous êtes l'entreprise qui réalise les travaux
Même lorsque votre client retient une partie du paiement, vous devez comptabiliser l'intégralité de votre facture dès son émission. La retenue de garantie ne remet pas en cause votre créance : elle correspond simplement à une somme dont l'encaissement est différé.
Le compte à utiliser est le compte 4117 - Clients Retenues de garantie, subdivision du compte 411 Clients. Il s'agit d'un compte d'actif à solde débiteur, qui permet d'isoler la part de créance non encore encaissée.
Concrètement, pour une facture de 10 000 € HT avec une retenue de 5 % (soit 500 € HT) :
- vous enregistrez le chiffre d'affaires pour 10 000 € HT en compte 7 ;
- la TVA collectée est comptabilisée sur le montant total de la facture ;
- le montant immédiatement encaissable (9 500 € HT + TVA correspondante) est enregistré en compte 411 ;
- les 500 € HT de retenue sont isolés au débit du compte 4117, où ils resteront jusqu'à leur encaissement effectif, à l'issue du délai de garantie.
À noter : pour les prestations de services soumises à la TVA sur encaissement, la TVA afférente à la retenue n'est exigible qu'au moment de son règlement effectif.
Si vous êtes le maître d'ouvrage
Lorsque vous appliquez une retenue de garantie à un prestataire, vous enregistrez l'intégralité de la facture reçue. La retenue ne constitue pas une réduction du coût des travaux, mais un paiement différé.
Le compte dédié est le compte 4017 - Fournisseurs Retenues de garantie, subdivision du compte 401 Fournisseurs. Il s'agit d'un compte de passif à solde créditeur, représentant une dette envers votre fournisseur dont le règlement est temporairement suspendu.
Pour une facture de 10 000 € HT avec une retenue de 5 % :
- la charge et la TVA déductible sont enregistrées sur le montant total de la facture ;
- le montant réglé immédiatement (9 500 € HT + TVA) est porté en compte 401 ;
- les 500 € HT de retenue sont isolés au crédit du compte 4017, jusqu'au versement à l'issue du délai contractuel.
La TVA sur la retenue de garantie est déductible dès la facturation, et non au moment du paiement effectif.
Pourquoi ce suivi est essentiel ?
Les retenues de garantie peuvent s'accumuler sur plusieurs chantiers et représenter des montants significatifs. Un suivi par chantier, avec la date de réception et l'échéance de restitution, vous permet d'anticiper vos encaissements et d'éviter qu'une créance ne soit oubliée après la fin des travaux.
Bonnes pratiques pour limiter les risques
Pour sécuriser la gestion de la retenue de garantie et éviter les litiges, plusieurs bonnes pratiques peuvent être mises en place.
Sécuriser le contrat dès le départ
Vous devez vérifier que la clause de retenue :
- est clairement rédigée,
- respecte le plafond légal,
- précise les modalités de restitution,
- encadre les conditions d’application.
Formaliser rigoureusement la réception
La réception des travaux est un moment clé. Vous devez vous assurer qu’elle est :
- formalisée par écrit,
- accompagnée d’un procès-verbal précis,
- assortie de réserves détaillées et datées.
Suivre les échéances de restitution
Un suivi rigoureux vous permet d’éviter les blocages inutiles. Vous devez notamment :
- identifier la date de réception,
- suivre la levée des réserves,
- anticiper la fin du délai d’un an,
- relancer votre client si nécessaire.
FAQ sur la retenue de garantie
La retenue de garantie est-elle obligatoire dans tous les marchés de travaux ?
Non. La retenue de garantie n'est jamais automatique. Elle doit impérativement être prévue par une clause contractuelle explicite. En l'absence de cette clause, votre client ne peut légalement retenir aucune somme sur vos paiements.
Quel est le montant maximum d'une retenue de garantie ?
La loi plafonne la retenue de garantie à 5 % du montant total du marché, toutes taxes comprises. Ce plafond s'applique aussi bien aux marchés privés qu'aux marchés publics. Toute clause prévoyant un taux supérieur peut être contestée.
Quand la retenue de garantie doit-elle être restituée ?
En principe, à l'issue d'un délai d'un an à compter de la réception des travaux, si aucune réserve ne subsiste et qu'aucun litige n'est en cours. Passé ce délai, votre client n'a plus de base légale pour conserver les sommes retenues.
Mon client peut-il décider d'appliquer une retenue de garantie en cours de chantier ?
Non. Une retenue de garantie ne peut pas être imposée unilatéralement après la signature du contrat. Si elle n'était pas prévue initialement, vous êtes en droit de la refuser. Toute modification en ce sens nécessite votre accord explicite.
Puis-je éviter la retenue de garantie ?
Oui. Vous pouvez la remplacer par une caution bancaire ou une garantie à première demande. Dans ce cas, votre client perçoit une sécurité équivalente, mais vous encaissez 100 % des sommes dues sans immobilisation de trésorerie. C'est souvent la solution privilégiée sur les chantiers importants.
Que faire si mon client refuse de restituer la retenue de garantie après le délai d'un an ?
Commencez par adresser une demande amiable de restitution, en rappelant le montant retenu, la date de réception et l'absence de réserves. Si votre client ne donne pas suite, envoyez une mise en demeure. En l'absence de règlement, vous pouvez engager une procédure de recouvrement et réclamer des intérêts de retard.
La retenue de garantie est un dispositif de sécurisation des travaux :
- elle permet à votre client de couvrir d’éventuelles réserves après réception,
- elle est plafonnée à 5 % et doit être prévue contractuellement,
- elle peut être remplacée par une caution bancaire ou une garantie équivalente,
- elle vous est restituée en principe après un an si aucun litige ne subsiste,
- sa gestion repose sur un suivi rigoureux du contrat et des échéances.
Bien maîtrisée, elle sécurise vos relations contractuelles. Mal anticipée, elle peut devenir une source de tension de trésorerie et de litiges.

David est Head of Legal chez Dougs. En français, cela signifie qu’il pilote le département juridique du cabinet, endosse la casquette de référent technique et garantit l’évolution du service.
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