Comptabilité en freelance : tout savoir selon votre statut


Vous vous lancez en freelance, ou vous l'êtes déjà, et la comptabilité vous fait peur ? Rien d’étonnant : tenir une comptabilité ne s’improvise pas.
Entre les statuts juridiques, les régimes d'imposition et les obligations qui changent selon votre situation, il est facile de se perdre. Et pourtant, mal gérer sa comptabilité en freelance peut coûter cher : erreurs fiscales, mauvaise rémunération, sous-traitants mal sécurisés, etc.
Je suis Patrick Maurice, cofondateur de Dougs et expert-comptable depuis plus de 30 ans. Dans cet article, je vous explique ce que vous devez faire selon votre statut, comment optimiser votre rémunération et quand faire appel à un expert-comptable.
Et si vous souhaitez être accompagné pour gérer votre comptabilité au quotidien, n'hésitez pas à solliciter les services d'un expert-comptable pour freelance.
La comptabilité d'un freelance dépend avant tout de son statut juridique :
- En micro-entreprise : vos obligations sont allégées. Vous tenez un livre des recettes et, selon votre activité, un registre des achats.
- En entreprise individuelle au réel : les obligations s'alourdissent. Vous devez tenir des livres comptables, produire des formulaires fiscaux et, selon le régime, déposer des comptes annuels.
- En EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) ou SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) : vous êtes soumis aux obligations d'une société à l'impôt sur les sociétés (IS), c'est-à-dire que vous devez produire un bilan, un compte de résultat et une liasse fiscale.
- Vous devez également facturer vos missions. Si un contrat de sous-traitance atteint 5 000 € HT, demandez une attestation de vigilance Urssaf et un justificatif d’immatriculation, comme un extrait Kbis. Pour une mission prolongée, l’attestation doit être renouvelée tous les six mois.
Pour tout comprendre, des obligations de base jusqu'aux questions de rémunération et de gestion, la suite de l'article vous guide étape par étape.
Freelance : un métier, plusieurs statuts juridiques
Avant de parler comptabilité, posons une base essentielle : le terme "freelance" ne désigne pas un statut juridique. C'est un mode de travail qui vous permet de choisir vos missions, de fixer vos tarifs et d'exercer votre activité sans lien de subordination avec vos clients.
Mais pour exercer légalement en France, vous devez obligatoirement choisir une forme juridique. Et c'est ce choix qui va tout conditionner : vos obligations comptables, votre régime fiscal, votre protection sociale et votre façon de vous rémunérer.
Quels statuts juridiques permettent d’exercer en freelance ?
En France, quatre formes juridiques principales s'offrent à vous pour exercer en freelance.
- La micro-entreprise (aussi appelée auto-entreprise) est la plus simple à créer et à gérer. Elle s'adresse aux freelances qui démarrent ou dont le chiffre d'affaires reste sous 83 600 € HT par an pour les prestations de services.
- L'entreprise individuelle (EI) au régime réel est une option pour les freelances dont le chiffre d'affaires dépasse les seuils de la micro-entreprise, ou qui souhaitent déduire leurs charges réelles. En micro-entreprise, l’administration applique un abattement forfaitaire fixe, c’est-à-dire une réduction automatique du chiffre d’affaires destinée à tenir compte de vos charges. En EI au réel, vous déduisez au contraire les dépenses réellement engagées pour votre activité afin de calculer votre bénéfice imposable. Pour en savoir plus, consultez notre article dédié à l'entreprise individuelle.
- L'EURL et la SASU s'adressent aux freelances qui souhaitent créer une société à part entière. Elles permettent de séparer votre patrimoine personnel de celui de votre entreprise, et offrent davantage de souplesse pour optimiser votre rémunération. Vous pouvez combiner un salaire de dirigeant et des dividendes, ce qui peut être fiscalement avantageux selon votre situation. En contrepartie, elles imposent des obligations comptables plus lourdes. J'y reviens en détail dans la partie suivante. Pour aller plus loin, n'hésitez pas à jeter un œil à nos articles dédiés à l'EURL et à la SASU.
Le portage salarial, une alternative à la création d’une structure
Certains freelances choisissent de ne pas créer de structure juridique immédiatement et se tournent vers un statut hybride : le portage salarial. Il permet d'exercer en indépendance tout en bénéficiant du statut de salarié.
Concrètement, vous signez un contrat avec une société de portage qui facture vos clients à votre place et vous verse un salaire. Vous n'avez donc aucune obligation comptable propre.
C'est une option intéressante pour tester une activité avant de se lancer, mais elle a un coût : la société de portage prélève une commission sur chaque mission. Et si les missions s'installent dans la durée, cette commission dure aussi.
En pratique, le statut de freelance recouvre des réalités très différentes selon la forme juridique choisie.
La micro-entreprise séduit par sa simplicité, l'EI convient aux activités plus développées, et l'EURL ou la SASU s'imposent dès que vous souhaitez optimiser votre rémunération ou protéger votre patrimoine.
Ce choix n'est pas anodin : il détermine directement le niveau d'obligations comptables que vous aurez à respecter. C'est précisément ce que nous allons voir maintenant.
Les obligations comptables du freelance par statut
Vos obligations comptables changent du tout au tout selon votre statut : du simple livre des recettes à la liasse fiscale complète. Votre forme juridique détermine les documents comptables à tenir et les déclarations fiscales à transmettre.
Voici les obligations à respecter dans chaque situation.
Quelles obligations comptables en micro-entreprise ?
C'est le régime le plus simple. En micro-entreprise, vous n'avez pas à produire de bilan, ni de compte de résultat. Vos obligations se limitent à deux documents :
- Un livre des recettes : vous y notez chaque encaissement dans l'ordre chronologique, avec la date, le montant, l'identité du client et le mode de règlement.
- Un registre des achats : uniquement si vous exercez une activité de vente de marchandises ou de prestation de logement.
Toutes vos factures doivent également être conservées pendant 10 ans.
Le régime micro-entreprise est par ailleurs soumis à des seuils de chiffre d'affaires. Pour 2026, vous ne pouvez pas dépasser :
- 83 600 € HT par an pour les prestations de services et les activités libérales ;
- 203 100 € HT par an pour la vente de marchandises et les activités d'hébergement.
Attention ! Si vous dépassez ces seuils sur deux années consécutives, vous basculez automatiquement vers l'entreprise individuelle au réel, et donc vers des obligations comptables plus lourdes.

Bon à savoir : en micro-entreprise, vous êtes imposé à l'impôt sur le revenu (IR). Il n'est pas possible d'opter pour l'impôt sur les sociétés (IS). Cela signifie que vos revenus professionnels s'ajoutent à vos autres revenus personnels pour le calcul de votre impôt, ce qui peut être désavantageux si votre activité dégage des bénéfices importants.
La comptabilité d’une EI au régime réel
Dès que vous sortez de la micro-entreprise, les obligations comptables changent de nature. Leur niveau dépend notamment de la catégorie fiscale à laquelle votre activité est rattachée :
- si vous exercez une profession libérale, vous relevez des bénéfices non commerciaux (BNC) et êtes soumis au régime de la déclaration contrôlée ;
- si vous exercez une activité commerciale ou artisanale, vous relevez des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) et basculez vers le régime réel simplifié ou le régime réel normal selon votre chiffre d'affaires.
Voyons ce que ces différents régimes impliquent.
La déclaration contrôlée (BNC)
Ce régime concerne les freelances qui exercent une profession libérale (consultant, graphiste, développeur, etc.) et dont les recettes dépassent 83 600 € HT deux années de suite.
Dans ce cas, vous devez tenir :
- un journal des recettes et des dépenses ;
- un registre des immobilisations et des amortissements.
Vous devez également déclarer votre bénéfice net à l'administration fiscale via le formulaire n°2042-C Pro, accompagné de la déclaration de résultats des BNC n°2035 et de ses annexes 2035-A et 2035-B. C'est sur la base de ces documents que votre impôt sur le revenu sera calculé.
Le régime réel simplifié d'imposition (RSI)
Il s'applique aux freelances dont le chiffre d'affaires se situe entre 83 600 € et 286 000 € HT pour les prestations de services.
Dans cette situation, vous devez tenir :
- un livre journal et un grand livre ;
- constater vos créances et dettes à la clôture de l'exercice.
Vous devez aussi déposer le formulaire n°2042-C Pro, qui permet de déclarer vos revenus professionnels dans votre déclaration de revenus personnelle. Il doit être accompagné de la déclaration n°2031, qui récapitule le résultat fiscal de votre entreprise, et des tableaux annexes n°2033-A à 2033-G, qui détaillent votre bilan et votre compte de résultat de façon simplifiée.
Le régime réel normal d'imposition
Au-delà des seuils du RSI, vous basculez vers le régime réel normal. Les obligations y sont plus lourdes :
- enregistrement chronologique de tous les flux financiers ;
- réalisation d'un inventaire annuel ;
- tenue d'un livre journal et d'un grand livre ;
- dépôt des comptes annuels.
Vous devez en outre déposer les mêmes formulaires qu'au RSI (le n°2042-C Pro et la déclaration n°2031), mais accompagnés cette fois des tableaux annexes n°2050-SD à 2059-G-SD, qui détaillent votre bilan et votre compte de résultat de façon complète.
Les documents comptables à produire en EURL ou en SASU à l’IS
L'EURL et la SASU sont des sociétés soumises à l'IS. Leurs obligations comptables sont les plus lourdes des quatre statuts.
Au régime réel simplifié comme au régime réel normal, vous devez :
- tenir un livre journal et un grand livre ;
- établir un bilan annuel et un compte de résultat ;
- déposer une liasse fiscale, c'est-à-dire un ensemble de formulaires qui récapitulent vos résultats financiers et que vous transmettez chaque année à l'administration fiscale.
La liasse fiscale varie ensuite selon votre régime :
- au régime réel simplifié, elle comprend la déclaration nᵒ 2065 et les tableaux nᵒ 2033. Ce régime permet également de bénéficier de certains allègements comptables. Les recettes et les dépenses peuvent notamment être enregistrées au moment de leur encaissement ou de leur paiement, sous réserve de constater les créances et les dettes à la clôture de l'exercice ;
- au régime réel normal, elle inclut la déclaration n°2065 et les tableaux n°2050 à 2059-G. La comptabilité d'engagement, qui consiste à enregistrer les opérations dès l'émission ou la réception des factures, s'applique tout au long de l'exercice.
Dans les deux cas, l'ouverture d'un compte bancaire professionnel dédié est obligatoire.
Comment facturer vos missions en freelance ?
Quel que soit votre statut, vous avez l'obligation d'émettre une facture pour chaque mission réalisée. C'est un document juridique qui prouve la réalité de la transaction.
Chaque facture doit mentionner :
- la mention "facture" et son numéro ;
- la date d'émission ;
- vos coordonnées et celles de votre client ;
- la description de la prestation ;
- le montant hors taxes (HT) et toutes taxes comprises (TTC) ;
- la date d'échéance et les pénalités de retard applicables ;
- votre numéro de TVA intracommunautaire, si vous êtes assujetti à la TVA.
Toutes vos factures doivent également être conservées pendant 10 ans. Cette durée de conservation répond à une obligation légale et vous permet de justifier votre activité en cas de contrôle fiscal ou administratif.
En ce qui concerne le devis, il n'est pas obligatoire, mais il est vivement conseillé. Un devis signé par les deux parties a la valeur d'un contrat : il engage votre client sur la nature de la mission, les délais et le tarif. C'est votre meilleure protection en cas de litige.
Tableau récapitulatif
Voici maintenant le tableau récapitulatif des obligations par statut :
Statut | Principales obligations comptables |
|---|---|
Micro-entreprise | Livre des recettes (+ registre des achats si activité concernée) |
EI en déclaration contrôlée (BNC) | Journal recettes/dépenses, registre des immobilisations |
EI au réel simplifié (BIC) | Livre journal, grand livre, comptes annuels simplifiés |
EI au réel normal (BIC) | Livre journal, grand livre, inventaire annuel, comptes annuels complets |
EURL / SASU | Livre journal, grand livre, bilan, compte de résultat, liasse fiscale |
Pour faire simple, vos obligations comptables dépendent directement de votre statut.
En micro-entreprise, un simple livre des recettes suffit. En EI au réel, les formulaires et les livres comptables s'accumulent selon votre régime. En EURL ou SASU, vous êtes soumis aux obligations d'une société à part entière : bilan, liasse fiscale et compte de résultat sont incontournables. Et dans tous les cas, la facturation reste une obligation universelle.
Ces bases posées, voyons maintenant comment gérer les questions de rémunération, d'excédents et de sous-traitants, des sujets qui se posent dès que votre activité décolle.
Comment gérer votre rémunération en freelance ?
En freelance, vous ne percevez pas vos revenus de la même manière en micro-entreprise, en EI ou en société. Selon votre statut, vous disposez directement du bénéfice de votre activité ou vous choisissez entre une rémunération de dirigeant et des dividendes.
En EURL ou en SASU, vous devez également décider de l’utilisation des excédents conservés par la société.
Percevoir vos revenus en micro-entreprise ou en EI
Ici, il n'y a pas de distinction entre vous et votre entreprise. Tout ce que vous encaissez après paiement de vos cotisations sociales et de vos impôts constitue votre revenu. Vous n'avez pas à vous "verser un salaire" au sens strict : le bénéfice net vous revient directement.
Rémunération et dividendes en EURL ou en SASU
La logique est différente. Votre société est une entité juridique distincte de vous. Vous pouvez vous rémunérer de deux façons :
- Une rémunération de dirigeant : vous percevez une rémunération régulière soumise à des cotisations sociales. Ces cotisations vous permettent de bénéficier d'une protection sociale (assurance maladie, retraite, prévoyance, etc.). Le niveau de protection dépend toutefois de la forme juridique choisie :
- En SASU, le président assimilé salarié bénéficie d'une protection sociale complète (maladie, retraite, prévoyance).
- En EURL, le gérant majoritaire relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), avec des cotisations généralement moins élevées, mais une couverture sociale plus limitée.
- Des dividendes : si votre société réalise un bénéfice, vous pouvez également décider d'en distribuer une partie sous forme de dividendes. Contrairement à la rémunération, les dividendes ne donnent pas droit à une protection sociale supplémentaire. Ils peuvent toutefois être intéressants lorsque vous disposez déjà d'une couverture sociale suffisante et souhaitez percevoir une partie des bénéfices de votre société avec un coût social potentiellement plus faible qu'une rémunération complémentaire.
L'arbitrage entre rémunération et dividendes est une véritable question d'optimisation. Une rémunération plus élevée améliore votre protection sociale, mais augmente les cotisations à payer. À l'inverse, privilégier les dividendes peut réduire le coût social, mais sans renforcer votre couverture sociale.
Le bon équilibre dépend donc de votre situation personnelle, de vos besoins de protection sociale et des résultats de votre société.
Dans de nombreux cas, les dirigeants combinent rémunération et dividendes. Cette approche permet d'ajuster le niveau de protection sociale tout en optimisant la manière dont les bénéfices sont perçus.
Pour que ce soit plus clair, prenons un exemple concret :
Imaginons une SASU qui réalise 60 000 € de bénéfice avant rémunération du dirigeant.
Le dirigeant décide de se verser une rémunération brute de 30 000 €. Cette rémunération constitue une charge déductible pour la société et réduit donc son bénéfice imposable.
Le bénéfice restant est alors de : 60 000 € - 30 000 € = 30 000 €
Supposons maintenant que ce bénéfice soit intégralement soumis à un taux d'IS de 15 %. La société paie alors : 30 000 € × 15 % = 4 500 € d'IS.
Il reste donc après impôt : 30 000 € - 4 500 € = 25 500 €
Ces 25 500 € peuvent être conservés dans la société ou distribués sous forme de dividendes.
Si le dirigeant décide de distribuer l'intégralité de cette somme et que les dividendes sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4%, il percevra : 25 500 € × 68,6 % = 17 493 €.
Dans ce scénario, le dirigeant bénéficie donc :
- d'une rémunération brute de 30 000 €, qui lui ouvre des droits à la protection sociale ;
- de 17 493 € nets de dividendes, issus des bénéfices de la société.


Cet exemple montre qu'une même activité peut générer à la fois une rémunération et des dividendes. La répartition entre les deux influence directement le montant des cotisations sociales, le niveau de protection sociale du dirigeant et la part des bénéfices pouvant être distribuée.

Attention ! Cet exemple est volontairement simplifié. Les cotisations sociales, les taux d'imposition applicables et le montant réellement perçu par le dirigeant varient selon sa situation personnelle et celle de sa société. C'est précisément l'un des domaines dans lesquels l'accompagnement d'un expert-comptable peut faire une réelle différence.
Que faire des excédents de trésorerie ?
Votre activité se porte bien et l'argent s'accumule sur le compte de votre société ? C'est une bonne nouvelle, mais il faut savoir quoi en faire.
En EURL ou SASU, les excédents appartiennent à la société, pas à vous personnellement. Vous avez donc plusieurs options :
- les laisser en réserve dans la société pour financer de futurs investissements ou faire face à une période creuse ;
- les distribuer sous forme de dividendes, après approbation des comptes annuels ;
- les réinvestir dans l'activité : achat de matériel, formation, recrutement d'un sous-traitant, etc.
En micro-entreprise ou en EI, la question ne se pose pas dans les mêmes termes : il n'y a pas de patrimoine distinct entre vous et votre entreprise. Les excédents sont simplement votre bénéfice personnel.
Bon à savoir : la stratégie de gestion des excédents a des implications fiscales et sociales importantes. Avant de décider, il est conseillé d'en parler avec votre expert-comptable.
Votre statut détermine donc la manière dont vous percevez vos revenus et les possibilités d’utilisation des sommes conservées dans votre activité. En société, ces choix ont des conséquences fiscales et sociales qui nécessitent une analyse adaptée à votre situation.
Faire appel à des sous-traitants : quelles précautions prendre ?
Vous pouvez confier une partie de vos missions à un autre indépendant pour absorber un surcroît d’activité ou mobiliser une compétence particulière. Cette collaboration doit toutefois rester une véritable relation entre deux professionnels indépendants. Vous devez également vérifier la situation sociale de votre sous-traitant lorsque le contrat atteint un certain montant.
L’attestation de vigilance Urssaf
Lorsque le montant global du contrat atteint 5 000 € HT, vous devez demander au sous-traitant une attestation de vigilance Urssaf datant de moins de six mois. Ce document confirme qu’il respecte ses obligations de déclaration et de paiement de ses cotisations sociales.
Vous devez vérifier l’authenticité de l’attestation auprès de l’Urssaf. Si la mission dure plus de six mois, renouvelez cette vérification tous les six mois jusqu’à la fin du contrat.
Demandez également un justificatif d’immatriculation adapté à la situation du sous-traitant, comme un extrait K ou Kbis s’il est inscrit au registre du commerce et des sociétés.
Le risque de requalification en contrat de travail
Votre sous-traitant doit rester libre d’organiser son travail. Si vous lui imposez ses horaires et ses méthodes, contrôlez en permanence l’exécution de ses tâches et pouvez sanctionner ses manquements, la relation peut révéler un lien de subordination.
Dans ce cas, le juge peut requalifier la prestation en contrat de travail. La signature d’un contrat de sous-traitance ne suffit donc pas à écarter ce risque : les conditions réelles de la collaboration restent déterminantes. Le recours volontaire à un faux indépendant peut aussi être considéré comme du travail dissimulé.
Le contrat de sous-traitance
Même si ce n'est pas obligatoire dans tous les cas, rédiger un contrat de sous-traitance est fortement recommandé. Il doit préciser la nature de la mission, les délais, le tarif et les conditions de paiement. Un devis signé peut aussi faire office de contrat.
La déclaration DAS2
Dès que vous versez plus de 2 400 € sur l'année civile à un même sous-traitant (honoraires, commissions, courtages, etc.), vous avez l'obligation de le déclarer à l'administration fiscale via la déclaration DAS2.
Et attention : dès que ce seuil est atteint, c'est la totalité des sommes versées à ce bénéficiaire qui doit être déclarée, pas uniquement la fraction au-delà de 2 400 €.
Imaginons par exemple qu'un freelance en SASU fasse appel à un développeur indépendant pour l'aider sur un projet.
Il lui verse 1 000 € en mars, 800 € en juin et 900 € en septembre, soit 2 700 € sur l'année. Le seuil de 2 400 € est dépassé : il doit donc déclarer l'intégralité des 2 700 € versés dans sa DAS2, pas seulement les 300 € au-delà du seuil.


En bref, le recours à un sous-traitant ne se limite donc pas au paiement de ses factures. Vous devez encadrer la mission et vérifier si les sommes versées doivent être déclarées dans la DAS2.
Gérer sa comptabilité seul ou avec un expert-comptable ?
Vous n'êtes pas légalement obligé de faire appel à un expert-comptable pour gérer votre comptabilité. Mais selon votre statut et la complexité de votre situation, ce choix peut avoir des conséquences importantes sur votre temps, votre sérénité et votre fiscalité.
Voici comment arbitrer.
Ce que vous pouvez gérer seul selon votre statut
Tout dépend de votre forme juridique et de votre niveau de confort avec les chiffres.
- En micro-entreprise, la comptabilité est suffisamment simple pour être gérée en autonomie. Un tableur ou un outil en ligne suffit pour tenir votre livre des recettes et suivre vos encaissements. Les déclarations de chiffre d'affaires se font directement sur le site de l'URSSAF, tous les mois ou tous les trimestres.
- En EI au réel, la situation est bien différente. Tenir votre comptabilité seul implique presque les mêmes contraintes comptables et fiscales qu’en société, sans les formalités juridiques propres à celle-ci. Vous devez enregistrer correctement vos opérations, traiter la TVA, suivre vos immobilisations, réaliser votre clôture et produire vos déclarations fiscales. Un simple tableur n’est donc plus adapté. Vous devez utiliser un logiciel comptable capable de générer un fichier des écritures comptables (FEC).
- En EURL ou SASU, gérer seul devient déconseillé dans la grande majorité des cas. La production du bilan, du compte de résultat et de la liasse fiscale nécessite une maîtrise comptable réelle. Une erreur dans votre liasse fiscale peut avoir des conséquences directes sur votre imposition.
Quand l'expert-comptable devient indispensable ?
Certaines situations rendent le recours à un expert-comptable particulièrement judicieux :
- Vous passez d'un statut à un autre : sortie de la micro-entreprise, création d'une SASU ou d'une EURL, etc. Ces transitions ont des implications comptables et fiscales complexes.
- Vous vous interrogez sur votre rémunération : l'arbitrage entre salaire et dividendes en société nécessite une analyse personnalisée afin de trouver le bon équilibre entre revenus, fiscalité et protection sociale.
- Vous faites appel à des sous-traitants régulièrement : certaines obligations déclaratives, comme la DAS2, ainsi que les règles de facturation et de fiscalité associées peuvent rapidement devenir complexes.
- Vous souhaitez optimiser votre fiscalité : déduction des charges, choix du régime d'imposition, arbitrage entre rémunération et dividendes ou gestion de la trésorerie sont autant de leviers qui peuvent être étudiés pour améliorer la rentabilité de votre activité.
Chez Dougs, nos experts-comptables accompagnent les freelances à chaque étape : création de la structure, tenue de la comptabilité, production du bilan et conseil illimité inclus. Le tout en ligne, sans rendez-vous imposé.
Les outils disponibles pour s'organiser au quotidien
Que vous gériez votre comptabilité seul ou avec un expert-comptable, certains outils peuvent vous faciliter la vie au quotidien.
- Un logiciel de comptabilité vous permet de catégoriser automatiquement vos transactions, de suivre votre trésorerie en temps réel et de préparer vos déclarations. C'est particulièrement utile en EI au réel ou en société.
- Un logiciel de facturation vous aide à émettre des factures conformes, à suivre vos encaissements et à relancer vos clients. Il constitue un outil de base en micro-entreprise comme en EI, en EURL ou en SASU.Le logiciel de facturation gratuit de Dougs vous permet de créer des devis et des factures conformes, de suivre vos règlements et de centraliser la gestion commerciale de votre activité depuis une interface simple à prendre en main.
- Un tableau de suivi de trésorerie, même simple, vous donne une vision claire de vos entrées et sorties d'argent mois par mois. C'est un réflexe à prendre dès le démarrage, peu importe votre statut.
À retenir : gérer seul sa comptabilité est possible en micro-entreprise, plus risqué en EI au réel et déconseillé en société. Plus votre structure est évoluée, plus les enjeux fiscaux et comptables sont importants, et plus le recours à un expert-comptable devient un investissement rentable.
Les outils en ligne permettent de gagner du temps au quotidien, mais ils ne remplacent pas un conseil personnalisé sur les questions de rémunération, de régime fiscal ou de gestion des excédents.
- Gérer sa comptabilité en freelance, ce n'est pas seulement tenir des livres et remplir des formulaires. C'est aussi savoir comment se rémunérer selon sa structure, que faire des excédents de trésorerie et comment sécuriser le recours à des sous-traitants.
- En société, l'arbitrage entre rémunération et dividendes a des conséquences fiscales directes.
- Le recours à des sous-traitants entraîne ses propres obligations. Au-delà de 2 400 € versés à un même bénéficiaire sur l’année, vous devez notamment déclarer les sommes concernées dans la DAS2.
- Et plus votre structure est évoluée, plus le recours à un expert-comptable devient un investissement rentable.
- Chez Dougs, nos experts vous accompagnent sur l'ensemble de ces sujets, de la création de votre structure jusqu'à l'optimisation de votre fiscalité.
FAQ sur la comptabilité en freelance
Un freelance est-il obligé de faire appel à un expert-comptable ?
Non. Aucune loi n'impose de faire appel à un expert-comptable. Mais selon votre statut, en particulier en EURL ou SASU, c'est fortement recommandé pour éviter les erreurs fiscales et optimiser votre situation.
Quelle est la différence entre la comptabilité de trésorerie et la comptabilité d'engagement ?
La comptabilité de trésorerie enregistre les opérations lors de leur encaissement ou de leur paiement. La comptabilité d'engagement les comptabilise dès l’émission ou la réception de la facture, même si le règlement intervient plus tard.
La première est plus simple à tenir, tandis que la seconde permet de suivre les créances et les dettes de l’entreprise. Nous avons rédigé un article dédié à la si vous souhaitez approfondir le sujet.
Comment se rémunérer quand on est freelance en SASU ?
En SASU, vous pouvez vous verser une rémunération de président, soumise à des cotisations sociales, et distribuer des dividendes sur les bénéfices de la société. Ces dividendes sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4%. L'arbitrage entre les deux dépend de votre situation personnelle.
Quelles sont les obligations comptables d'un micro-entrepreneur ?
En micro-entreprise, vous devez tenir un livre des recettes recensant tous vos encaissements et, si vous vendez des marchandises ou proposez des prestations de logement, un registre des achats. Toutes vos factures doivent être conservées 10 ans.
Comment fixer ses tarifs quand on est freelance ?
Il n'existe pas de règle imposée. Pour déterminer un tarif cohérent, partez de votre revenu net souhaité, puis ajoutez vos charges sociales, vos impôts estimés, vos frais généraux et le temps non facturable (prospection, administratif, formation). Divisez ensuite ce total par votre nombre de jours ou d'heures facturables sur l'année. C'est la base d'un taux journalier moyen (TJM) ou d'un tarif horaire réaliste. Pensez aussi à tenir compte de votre niveau d'expertise, de votre spécialisation et des tarifs pratiqués sur votre marché.

Patrick est cofondateur et CEO de Dougs. Expert-comptable de profession, expert conseil en création et reprise d’activité, il détient le Prix du Meilleur mémoire d'expertise comptable. Entrepreneur passionné, il partage régulièrement ses connaissances en intervenant dans des établissements supérieurs reconnus (X, HEC).
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