Nahima Zobri
Nahima Zobri
Head of Tax
Temps de lecture8 min.

Tout comprendre à l'imposition d'un auto-entrepreneur

Comment fonctionne l'imposition d'un auto-entrepreneur ?
Comment fonctionne l'imposition d'un auto-entrepreneur ?

Et si une erreur de régime fiscal vous faisait payer trop d’impôts sans même vous en rendre compte ?

Entre les différents régimes fiscaux, les seuils de chiffre d'affaires à respecter et les abattements forfaitaires applicables, les questions sont nombreuses. Vous craignez de mal déclarer vos revenus ou de payer plus d'impôts que nécessaire.

Le terme auto-entrepreneur désigne un exploitant individuel relevant du régime micro-social et micro-fiscal. Je vous explique comment calculer votre impôt, déclarer vos revenus et choisir le régime le plus adapté à votre situation.

Chez Dougs, cabinet d’expertise comptable en ligne, nous sommes spécialisés dans l’accompagnement des entrepreneurs et connaissons les enjeux fiscaux auxquels les indépendants sont confrontés. Je partage avec vous mes conseils pour y voir clair et éviter les erreurs dans vos déclarations.

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EN BREF
  • L’auto-entrepreneur relève du régime micro-fiscal. Avec l’imposition classique, l’administration applique un abattement forfaitaire sur votre chiffre d’affaires avant de calculer votre impôt sur le revenu.
  • Le versement libératoire constitue une alternative si vous respectez les conditions de revenu fiscal de référence et les seuils du régime micro. L’impôt est alors calculé directement sur votre chiffre d’affaires.
  • Vos cotisations sociales dépendent de votre activité et sont prélevées lors de vos déclarations mensuelles ou trimestrielles de chiffre d’affaires.
  • La franchise en base de TVA s’applique sous certains seuils, mais la CFE, la contribution à la formation professionnelle ou certaines taxes consulaires peuvent aussi concerner votre activité.
  • Comparez le régime micro au régime réel si vos charges professionnelles deviennent importantes. Le bon choix dépend de vos frais, de vos revenus et de votre situation fiscale.
SOMMAIRE
1
Comment fonctionne l'imposition d'un auto-entrepreneur ?
2
Le versement libératoire : une alternative pour payer moins d'impôts ?
3
Cotisations sociales de l'auto-entrepreneur : ce que vous payez vraiment
4
TVA et taxes annexes : ce que l'auto-entrepreneur doit savoir
5
Micro ou régime réel : quel régime fiscal choisir pour votre situation ?

Comment fonctionne l'imposition d'un auto-entrepreneur ?

L'imposition d'un auto-entrepreneur repose sur le régime micro-fiscal, avec un abattement forfaitaire qui varie selon la nature de votre activité. Je vous aide à comprendre son impact sur votre revenu imposable et les démarches à effectuer pour déclarer correctement vos revenus.

Le régime micro-fiscal : comment l'abattement forfaitaire réduit votre base imposable

infographie sur le régime micro
infographie sur le régime micro

Il existe deux régimes fiscaux différents applicables aux auto-entrepreneurs :

  • le régime micro avec imposition classique ;
  • le régime micro avec versement libératoire.

Le plus courant est le régime micro-fiscal classique. Il ne taxe pas votre chiffre d'affaires brut : l'administration applique d'abord un abattement forfaitaire pour frais professionnels. Ce qui reste constitue votre base imposable, soumise au barème progressif de l'impôt sur le revenu (IR).

Le taux dépend de votre activité :

Type d'activité

Abattement forfaitaire

Vente de marchandises et fourniture de logement (hors meublés de tourisme)

71 %

Meublés de tourisme non classé

30%

Prestations de services commerciales et artisanales (micro-BIC)

50 %

Activités libérales (micro-BNC)

34 %

L'abattement forfaitaire applicable ne peut pas être inférieur à 305 €. Par exemple, avec 40 000 € de chiffre d'affaires en prestation de services, votre base imposable est de 20 000 € après abattement de 50 %. Le calcul de l'impôt s'effectue ensuite via le barème progressif, en fonction du quotient familial, qui prend en considération la composition de votre foyer.

À noter : vous ne pouvez pas déduire vos charges réelles. Si vos frais dépassent le taux d'abattement, le régime réel peut être plus avantageux.

Déclarer ses revenus au régime classique : quelles démarches concrètes ?

Les modalités de déclaration des revenus sont simples. Parmi les formulaires à utiliser, le principal est le 2042 C PRO. Vous y reportez votre chiffre d'affaires annuel encaissé, en complément de votre déclaration personnelle sur impots.gouv.fr. L'abattement forfaitaire est calculé automatiquement. Vous n'avez pas de déclaration professionnelle de bénéfices séparée à remplir.

Selon votre activité, vous renseignez la section :

  • revenus industriels et commerciaux professionnels / régime micro-BIC pour les activités commerciales et artisanales ;
  • revenus non commerciaux professionnels / régime micro-BNC pour les activités libérales.

Votre impôt est ensuite prélevé à la source sur la base de ce revenu net. L'option pour le versement libératoire de l'IR constitue une alternative à ce régime micro-fiscal classique.

Le versement libératoire : une alternative pour payer moins d'impôts ?

Si vous êtes éligible, le versement libératoire peut simplifier le paiement de votre impôt et, selon votre situation, réduire son montant. Pour savoir s’il est pertinent, je regarde surtout votre revenu fiscal de référence, votre chiffre d’affaires et la composition de votre foyer.

Conditions et mise en place du versement libératoire

Le versement libératoire (aussi appelé prélèvement libératoire) vous permet de payer votre IR en même temps que vos cotisations sociales, à chaque déclaration mensuelle ou trimestrielle de chiffre d'affaires. Vous réglez tout en une seule fois, selon un taux fixe appliqué directement sur votre chiffre d'affaires.

Ce taux varie selon votre activité :

Type d'activité

Taux du versement libératoire

Vente et fourniture de logement

1 %

Locations meublées de toutes natures et chambre d’hôte

1,7%

Prestations de services

1,7 %

Activités libérales (BNC)

2,2 %

Votre éligibilité dépend d'abord de votre revenu fiscal de référence. Pour opter en 2026, celui de 2024 ne doit pas dépasser 29 315 € pour une personne seule, 58 630 € pour un couple, 73 288 € pour un couple avec 1 enfant et 87 945 € pour un couple avec 2 enfants.

Vous devez également rester dans les seuils de chiffre d'affaires du régime micro correspondant à votre activité. Au-delà de ces plafonds, vous perdez le bénéfice du régime micro et, par conséquent, du versement libératoire.

Sortir du versement libératoire : comment et pourquoi ?

Pour renoncer au versement libératoire, vous effectuez la demande auprès de l'URSSAF avant le 30 septembre de l’année en cours, pour une prise d'effet au 1ᵉʳ janvier suivant.

Le versement libératoire prend fin si vous sortez du régime micro après un dépassement des seuils de chiffre d'affaires. Vous perdez également cette option si votre revenu fiscal de référence dépasse le plafond applicable ou si vous optez pour le régime réel d'imposition.

Il peut aussi être judicieux d'en sortir volontairement. Si votre chiffre d'affaires baisse fortement, le taux forfaitaire peut devenir moins favorable que le barème progressif, notamment si votre taux marginal d'imposition est faible. Ce taux correspond au taux appliqué à la tranche la plus élevée de vos revenus imposables. C'est un calcul à faire chaque année en fonction de la situation de votre foyer fiscal.

Cotisations sociales de l'auto-entrepreneur : ce que vous payez vraiment

Les cotisations sociales sont prélevées à chaque déclaration de chiffre d'affaires sur le site autoentrepreneur.urssaf.fr. Elles couvrent votre protection sociale obligatoire : assurance maladie-maternité, retraite de base, retraite complémentaire obligatoire, invalidité-décès et allocations familiales. Je vous montre les taux en vigueur et les contributions qui s'y ajoutent.

Taux de cotisations selon l'activité et impact sur la protection sociale

Le taux de cotisations sociales que vous payez dépend directement de la nature de votre activité. Si votre chiffre d'affaires est nul, vous ne payez aucune cotisation.

Voici les taux applicables :

Type d'activité

Taux de cotisations sociales

Location de logements meublés de tourisme classés

6 %

Achat/revente, vente de denrées, hébergement (BIC)

12,3 %

Prestations de services commerciales et artisanales (BIC)

21,2 %

Autres prestations de services (BNC)

25,6 %

Activités libérales réglementées relevant de la CIPAV (BNC)

23,2 %

Si vous bénéficiez de l'ACRE (aide à la création ou à la reprise d'entreprise), vos cotisations sont réduites pendant la première année d'activité. Attention : les taux ACRE sont en hausse pour les activités libérales créées après 2018, avec 13,05 % en 2026.

CSG, CRDS et contribution à la formation professionnelle

En plus des cotisations sociales, vous êtes redevable de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale (CSG-CRDS). Ces deux prélèvements sont déjà intégrés dans les taux globaux mentionnés ci-dessus. Vous n'avez donc pas de démarche supplémentaire à effectuer.

La contribution à la formation professionnelle (CFP) s'y ajoute également. Son taux varie selon votre activité :

  • 0,1 % pour les commerçants ;
  • 0,2 % pour les prestataires de services ;
  • 0,3 % pour les artisans.

Cette contribution vous ouvre des droits à la formation professionnelle. Elle se déclare et se règle en même temps que vos cotisations sociales, via le site de l'URSSAF.

TVA et taxes annexes : ce que l'auto-entrepreneur doit savoir

Par défaut, vous bénéficiez de la franchise en base de TVA, tant que vous respectez les seuils applicables. D’autres taxes peuvent toutefois s’ajouter selon votre activité. Je vous conseille donc de surveiller à la fois votre situation vis-à-vis de la TVA et les prélèvements comme la CFE ou les taxes consulaires.

La franchise en base de TVA : principe, seuils et mentions obligatoires

infographie sur la franchise en base
infographie sur la franchise en base

La franchise en base de TVA vous dispense de collecter et de reverser la TVA à l'État. Vous proposez ainsi des prix hors taxes, ce qui peut vous rendre plus compétitif face à des structures soumises à la TVA. En contrepartie, vous ne récupérez pas la TVA sur vos achats professionnels.

Pour en bénéficier, votre chiffre d'affaires annuel ne doit pas dépasser 85 000 € pour les activités commerciales et les prestations d'hébergement, et 37 500 € pour les activités libérales et les prestations de services. Vous devez obligatoirement faire apparaître sur chacune de vos factures la mention : « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ».

Si vous dépassez l’un de ces seuils de base sans franchir le seuil majoré de 93 500 € pour les ventes et l’hébergement ou de 41 250 € pour les prestations de services, vous conservez la franchise en base de TVA jusqu’à la fin de l’année en cours. Vous devenez redevable de la TVA à partir du 1ᵉʳ janvier de l’année suivante. Si vous dépassez le seuil majoré au cours de l’année, la franchise cesse dès la date du dépassement.

CFE, CVAE et taxes consulaires : les autres prélèvements à anticiper

Parmi les autres taxes auxquelles peuvent être soumis les auto-entrepreneurs, la contribution économique territoriale (CET) regroupe deux taxes : la cotisation foncière des entreprises (CFE) et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Vous êtes exonéré de CFE l'année de création, à condition d'en faire la demande avant le 31 décembre. À partir de la 2ᵉ année, vous devenez redevable, pour un montant qui varie selon votre commune, votre chiffre d'affaires et la présence d'un local. Des exonérations spécifiques existent selon la nature de votre activité ou votre zone d'implantation.

Les exploitants en régime micro sont exonérés de CVAE, dont la suppression progressive est reportée à 2030. Vous pouvez toutefois avoir l'obligation de la déclarer via le formulaire n°1330-CVAE si votre chiffre d'affaires dépasse 152 500 €, pour les activités commerciales uniquement.

Enfin, la taxe pour frais de chambre consulaire peut s'ajouter à vos cotisations sociales. Elle est reversée à la chambre de commerce et d'industrie (CCI) pour les commerçants, ou à la chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) pour les artisans.

Micro ou régime réel : quel régime fiscal choisir pour votre situation ?

Le régime micro-fiscal convient si vos charges réelles sont inférieures à l'abattement forfaitaire applicable à votre activité. Un prestataire de services commerciales ou artisanales avec peu de frais professionnels, par exemple, tire pleinement parti de l'abattement de 50 %. Les obligations comptables du régime micro sont allégées : un simple registre des recettes, vos factures et pièces justificatives suffisent.

En revanche, si vous investissez dans du matériel, des locaux ou des outils coûteux, vos charges réelles dépassent probablement cet abattement. Le régime réel vous permet de les déduire intégralement, ce qui réduit davantage votre base imposable. Les démarches administratives sont cependant plus lourdes : vous devez tenir une comptabilité complète et déposer une déclaration professionnelle de bénéfices.

Le régime réel est accessible sur option auprès de l'administration fiscale, dans les délais prévus et reconduit tacitement chaque année.

Mon conseil d’expert – Nahima, avocate fiscaliste chez Dougs

Sirene

Le choix entre le régime micro et le régime réel peut avoir un impact extrêmement important sur votre fiscalité personnelle. Cette décision mérite une vraie analyse, au cas par cas.

EN RÉSUMÉ

Votre imposition d’auto-entrepreneur dépend de votre activité, de votre chiffre d’affaires, de vos charges et du mode d’imposition choisi.

Commencez par identifier votre catégorie d’activité et votre régime fiscal. Vérifiez ensuite votre abattement, votre éligibilité au versement libératoire et les seuils applicables au régime micro et à la TVA.

Surveillez régulièrement votre chiffre d’affaires. Un dépassement de seuil ou des charges réelles élevées peut modifier l’intérêt du régime micro et entraîner de nouvelles obligations fiscales.

Chez Dougs, nous vous aidons à comparer les régimes fiscaux et à mesurer leur impact sur votre situation afin de choisir une solution adaptée à votre activité.

FAQ - imposition d'un auto-entrepreneur

Quels sont les seuils de chiffre d'affaires à ne pas dépasser en micro-entreprise ?

Trois seuils de chiffre d'affaires du régime micro existent selon votre activité, à ne pas confondre avec les seuils de franchise de TVA. Vous ne devez pas dépasser 15 000 € pour la location de meublés de tourisme non classés, 83 600 € pour les activités libérales et les prestations de services, et 203 100 € pour les activités commerciales et d'hébergement. Au-delà, vous sortez du régime micro-fiscal.

Quelles sont les obligations comptables d'un exploitant en régime micro ?

Les obligations comptables du régime micro sont allégées. Vous tenez un registre des recettes et si vous achetez pour revendre, un registre des achats. Les documents à conserver sont vos factures et pièces justificatives.

Les démarches administratives à effectuer sont peu nombreuses. Chaque mois ou trimestre, vous déclarez votre chiffre d'affaires sur autoentrepreneur.urssaf.fr et réglez vos cotisations sociales. En fin d'année, vous reportez ce chiffre d'affaires sur le formulaire 2042 C PRO sur impots.gouv.fr. Si vous êtes redevable de la TVA, des obligations déclaratives supplémentaires s'ajoutent selon votre régime de TVA.

Nahima Zobri
Nahima Zobri
Head of Tax

Nahima est fiscaliste chez Dougs. Véritable appui pour ses collègues et pour les clients, elle jongle entre veille, conseil et formation sur son sujet de prédilection (on vous le donne en mille) : la fiscalité !

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